L’alchimie du yoga selon Gorakşa

Le Recueil des paroles de Gorakşa » (12e siècle).
Traduction de Claire Bornstain & Colette Poggi.
Commentaire de C. Poggi.
Paris, Les Deux Océans, 2019, 303 p., 20 €.

Notre bulletin précédent (n° 150) a présenté une première publication de Colette Poggi consacrée à Gorakşa, yogin et alchimiste. Il y était question d’une figure à la fois obscure et célèbre de la tradition du Hatha-Yoga. Il y était question aussi de bouquets de symboles qui gravitent autour de thèmes tels que l’alchimie intérieure et la quête d’immortalité. Un second volet était annoncé et le voici déjà sorti de presse !
Il s’agit cette fois d’un texte majeur de cette tradition. Attribuable à Gorakşa ou à l’un de ses disciples, il remonte probablement au 12e siècle. Ce Recueil des paroles de Gorakşa comporte 172 versets en sanskrit. Répartis en quatre sections, ils jalonnent un itinéraire de transformation personnelle où le corps, considéré comme un « espace vibratoire structuré », joue un rôle décisif. Bien des passages de ce traité dense risquent de nous paraitre obscurs voire indéchiffrables : cela est dû pour une part à la distance culturelle à travers le temps et l’espace, mais aussi à la volonté de transmettre de tels enseignements de manière discrète voire initiatique, de maître à disciple. Il était donc indispensable que la traduction soit accompagnée d’un commentaire qui décode bien des allusions, explique des termes techniques, signale des parallèles dans d’autres textes apparentés. Les notes abondantes et précises de Colette Poggi permettent d’entrer dans ce monde mystérieux et de percevoir, au-delà de telle ou telle précision technique, le souffle et l’inspiration qui confèrent à ces versets leur unité intérieure et leur signification profonde.
Toutes les personnes désireuses de mieux comprendre les enseignements théoriques et pratiques du yoga, ainsi qu’un courant significatif de la spiritualité hindoue, trouveront ici ample matière à rumination. Quant aux lecteurs plus spécialisés, ils ne sont pas oubliés : outre la traduction française et le commentaire, ils disposent ici du texte sanskrit en écriture indienne (devanâgarî) et en translittération.

Jacques Scheuer