Logos et analogia. La pensée analogique entre Orient et Occident.

Thierry LUCAS & Ivan GROS (dir.),
(coll. Rencontres Orient – Occident 21).
Louvain-la-Neuve, Academia – L’Harmattan, 2018, 189 p.

Les rencontres annuelles organisées à Louvain-la-Neuve à l’initiative de Paul Servais ont franchi la barre des vingt éditions. Rappelons qu’il s’agit d’examiner chaque fois un thème commun aux civilisations passées et présentes de l’Asie et de l’Europe, d’analyser les ressemblances et les différences, et plus encore d’explorer les perceptions mutuelles ainsi que d’éventuelles influences dans une direction ou dans l’autre. L’intuition directrice est ici que la compréhension de chaque civilisation « pourrait bénéficier d’un éclairage singulier grâce à un détour » par l’autre. Ces Journées rassemblent des spécialistes asiatiques et occidentaux de disciplines fort diverses.
Dans leurs manières de percevoir le monde, de penser et de s’exprimer, l’Occident et l’Orient (ici : surtout l’aire extrême-orientale d’influence chinoise) procèdent-ils selon des logiques différentes ? La rigueur du raisonnement logique est-elle un héritage grec demeuré inconnu des Chinois ? L’Extrême-Orient recourt-il à des modes de penser intuitifs et paradoxaux, imperméables aux Occidentaux ? Ce serait céder à la caricature, ainsi que le démontrent et l’illustrent des enquêtes précises dans toute une série de domaines : littérature, poésie, philosophie, anthropologie, arts…
Parmi les thèmes abordés dans les dix petits chapitres de ce recueil : les clés qui permettent d’interpréter les images et les métaphores aussi bien dans des poèmes classiques chinois que dans les Entretiens de Confucius ; l’apprentissage du chinois comme langue étrangère et plus précisément la muraille redoutable des idéogrammes à maîtriser ; l’importance du « carré magique » dans l’organisation chinoise du monde et ses parallèles chez certains penseurs de la Renaissance européenne ; la manière dont sont conçus les slogans et les clips dans les campagnes électorales à Taiwan…
Épinglons une observation proposée par Ivan Kamenarovic. Dans l’ensemble l’Occident européen, avec son double héritage biblique et grec, a volontiers déployé une pensée verticale : en remontant l’échelle des causes, on raccroche les réalités de notre monde à une Cause première, un principe invisible et divin. La pensée chinoise se serait plutôt développée sur un plan horizontal : l’observation minutieuse du jeu des interactions entre les multiples éléments du monde ; selon cette approche modeste, « le sage ne cherche pas à connaître le Ciel ». La Chine examine plutôt le « comment » alors que l’Occident pose volontiers la question du « pourquoi ». À condition d’éviter la caricature simpliste, cet aperçu, de portée fort large, peut projeter une belle lumière sur la comparaison entre ces deux univers.

Jacques Scheuer