Henri Le SAUX (Swâmi Abhishiktânanda), Vers l’expérience intérieure.

Lettres à Sœur Thérèse Le Saux (1952-1973).
Transcription, annotation et présentation par Armelle Dutruc.
Paris / Perpignan, Artège Lethielleux, 2018, 317 p., 24,90 €.

Moine bénédictin breton, Henri Le Saux (1910-1973), de son nom indien Swâmi Abhishiktânanda, réalisa en 1948 son rêve de s’établir en Inde pour y œuvrer à la rencontre des traditions contemplatives chrétiennes et hindoues. Tout d’abord compagnon de Jules Monchanin et fondateur avec lui de l’ashram de Shantivanam, il s’orienta progressivement, après la mort de Monchanin, vers le Nord de l’Inde et les sources du Gange. Ses séjours en milieu hindou, à commencer par l’ashram de Râmana Maharshi et les grottes du mont Arunâchala, avaient éveillé en lui une vive soif de solitude et de silence, de simple présence et d’Éveil. Dans une grande austérité, il vivait autant que possible dans le voisinage de renonçants et de sâdhus et selon leur mode de vie. Loin de s’isoler, cependant, il sillonnait l’Inde pour rendre visite à des amis hindous ou initier à la contemplation des communautés chrétiennes.

Toutes ces facettes de son existence transparaissent dans les 92 lettres qu’il écrivit, à partir de 1952, à sa jeune sœur, de 20 ans sa cadette, elle-même moniale bénédictine en Bretagne. On ne trouvera pas ici de longues dissertations doctrinales ni de savantes comparaisons entre christianisme et hindouisme. Notre swâmi évite aussi d’inquiéter sa jeune correspondante en évoquant les tensions qui plus d’une fois le torturent. Mais, de manière simple et mise à la portée de sa sœur, se fait entendre une invitation à l’essentiel : une plongée dans l’expérience intérieure, dans la « grotte du cœur », une simple présence à la Présence. Inspirée de ses séjours à Arunâchala, une image teintée d’humour exprime cela : « Au fond de ma grotte, il y a une autre grotte où l’on n’entre que par un trou de chat : le lieu de la renaissance, le lieu du tombeau où l’on meurt et d’où l’on sort ressuscité, re-né ». Sur un mode familier, ce recueil de lettres lève un coin du voile sur un parcours original qui ne cesse d’interroger aujourd’hui, à l’angle de l’Orient et de l’Occident.

 

Jacques Scheuer