Éditorial Octobre 2018

« Prendre le large sur un navire qui en mer fera naufrage » : partant de ce dicton attribué au maitre zen Shunryu Suzuki, Edel Maex se livre à une libre méditation qui le conduit aussi à cet autre dicton – ou à ce souhait : « Puisse la mort nous trouver vivants ! »

« Construis le bateau de la répétition intérieure… grâce auquel la traversée sera rapide ! » Dans sa présentation du Livre saint des sikhs (les ‘disciples’), Nathalie Calmé cite ce verset rédigé par leur fondateur, Guru Nanak. Il n’entre pas nécessairement en contradiction avec le dicton du texte précédent. Il suggère toutefois la distance qu’il peut y avoir, dans le vaste domaine asiatique, entre le Zen et le sikhisme. Celui-ci se présente, à l’interface de l’hindouisme et de l’islam, comme une voie basée sur la foi confiante, la louange et l’attente de la Rencontre ainsi qu’un sens de la communauté qui fait place aux femmes et aux pauvres.

Prisonnier de traditions immémoriales, l’esprit chinois serait-il rebelle à l’invention, à la créativité ? Après le rappel de quelques inventions dont l’humanité est redevable à la Chine, Cyrille Javary déchiffre les idéogrammes afin de comprendre comment la Chine conçoit le changement, l’innovation. Alors que le livre biblique de la Genèse évoque une cause créatrice extérieure au monde, la Chine n’a guère de mythes d’origine et conçoit l’univers comme un processus qui se déroule spontanément. De même, dans les arts (poésie, peinture), créativité ne rime pas avec nouveauté ou rupture (comme souvent en Occident) mais – en accord avec le Yi Jing ou Livre des Changements – avec un subtil réagencement d’ingrédients toujours déjà disponibles.

À la vue du long cortège lors des funérailles d’un de ses moines, un maitre zen se serait écrié : « Une longue procession de morts derrière un seul vivant ! » La tradition zen ne ridiculise ni ne relativise la mort, mais joue librement avec cette réalité : la mort est une dimension constitutive de la vie. Partant du Zen, Ana Maria Schlüter poursuit sa réflexion du côté de la foi chrétienne (notamment Jean de la Croix). Elle déchiffre ensuite le message suggéré par le conte de Blanche Neige. C’est chaque fois, de diverses manières, la découverte de ce qui en nous ne nait ni ne meurt, une réalité cachée à laquelle nous sommes invités à donner un corps et une forme.

Jacques Scheuer