Rédigé dans un style alerte, cet ouvrage entreprend de « raconter l’aventure de la conscience comme une histoire ». Tout en s’appuyant sur une solide documentation, les deux auteurs ont « pris le parti d’une narration au bord parfois du romanesque ».

D’un chapitre à l’autre, le lecteur voyage dans l’espace et surtout dans le temps : l’identification du 14e Dalaï-lama et son éducation (I) ; le concile de Lhassa (792-794) et les débats entre bouddhisme chinois et bouddhisme indien (II) ; l’entrée au Tibet du tantrisme et surtout du Tantra du Kâlachakra, ainsi que l’histoire des dalaï-lamas jusqu’au milieu du 20e siècle (III). Ainsi se trouve planté le décor de ce qui est le principal objectif du livre : partant de la rencontre de l’actuel Dalaï-lama avec le neurobiologiste Fr. Varela et d’autres scientifiques, il envisage une exploration convergente de l’esprit par les sciences « occidentales » et par la méditation « orientale ». En d’autres termes, le croisement de deux « modernités » : l’une intérieure et spirituelle, l’autre extérieure et matérialiste.

Présentée comme une véritable « technologie de l’éveil », la construction rituelle du mandala du Kâlachakra, que les deux auteurs ont patronnée à plusieurs reprises en France, apparaît comme un puissant symbole de ce devenir de la conscience qu’ils appellent de leurs vœux. Le lien de la méditation et du rituel à la compassion est souligné, mais parfois en des termes qui feraient craindre une instrumentalisation de celle-ci : en quoi consisterait cette « aptitude à évoluer dans l’altérité » s’il s’agit en définitive de la « cultiver dans son intimité mentale… indépendamment de la présence réelle, à ses côtés, d’êtres humains » ?

Jacques Scheuer