Le Fil bleu

Le fil bleu veut être un lien entre nous…  Une manière d’approfondir notre méditation silencieuse…afin de l’incarner au quotidien de nos vies 

« L’homme qui marche » 5  Christian Bobin

 

Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie : sa parole n’est vraie que d’être désarmée. Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre – mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour. Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait pas l’entendre. Le monde n’entend que là où il y a un peu de bruit ou de puissance. L’amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.

 

Quelque chose avant sa venue le pressent. Quelque chose après sa venue se souvient de lui. La beauté sur la terre est ce quelque chose. La beauté du visible est faite de l’invisible tremblement des atomes déplacés par son corps en marche.

 

Le publicain : (Luc 18, 9-14)

« Le bonhomme se tenait au fond de l’église. Au fond de soi. Au dernier rang de soi.

Car c’est au même endroit, au même fond de soi, du même fond de soi – de profundis –

que l’on est publicain et que l’on est fils. »

François Cassigena-Trévedy, moine de Ligugé

 

Oscar Wilde

Extrait de « De Profondis » (rédigé en prison)

Un jour, on comprendra ce que cela veut dire. On ne saura rien de la vie avant cela. M. et des natures comme la sienne peuvent le comprendre. Quand, entre deux agents de police, je fus amené de ma prison à la Cours des Banqueroutes, M. attendit dans le long corridor sinistre, afin de pouvoir, devant la foule qu’une action si douce et si simple réduisit au silence, me soulever gravement son chapeau, tandis que, les menottes aux mains et la tête baissée, je passais devant lui. Des hommes sont allés au ciel pour de plus petites choses que cela. C’est dans cet esprit et avec ce genre d’amour que les saints s’agenouillaient pour laver les pieds des pauvres ou s’inclinaient pour baiser le lépreux sur la joue. Je ne lui ai dit jamais un seul mot de ce qu’il fit là.

Je ne sais même pas en ce moment s’il se doute que j’ai pu soupçonner son geste. Ce n’est pas une chose sur laquelle on adresse des remerciements formels en paroles formelles. Je l’ai serrée dans le trésor de mon cœur. Je l’y garde comme une dette secrète que je suis heureux de penser que je ne pourrai jamais payer. Elle est embaumée et rafraîchie par la myrrhe et les aromates de maintes larmes. Quand la sagesse ne me fut d’aucun profit, quand la philosophie demeura stérile, quand les proverbes et les phrases de ceux qui cherchèrent à me consoler furent comme de la poussière et de la cendre dans ma bouche, le souvenir de ce petit geste d’amour, adorable et silencieux, a descellé pour moi tous les puits de la pitié. Il a fait fleurir le désert comme une rose, il m’a arraché à l’amertume solitaire de l’exil pour me mettre en harmonie avec le grand cœur blessé et brisé du monde.

 

Méditation chrétienne silencieuse – « Assise en Dieu » – 4 Mars 2017

1370 Dongelberg – 31 Chemin des Roches

Tél. : 010 601 682 – E-mail : christineclarissedaine@gmail.com

Il y aura méditation les 4, 11 et 18  mais pas le 25 mars !