Éditorial avril 2017

«Guru» est l’un de ces termes venus d’Orient et aussitôt passés par la moulinette occidentale. Cela ne facilite pas la bonne compréhension de la relation maître/disciple telle qu’elle se transmet en particulier dans le cadre de la tradition indienne. Un maître est-il indispensable ? À quelles conditions peut-il jouer son rôle ? Quel rapport entre le guru et le Divin ? Le «maître intérieur» dispense-t-il d’une relation concrète à un guide particulier ? Des Upanishad aux maîtres spirituels d’aujourd’hui, Liliane Cattalano explore ces questions avec un grand sens de la nuance, avant de se demander ce qui, de cette relation, peut se vivre en Occident, entre autorité et autonomie.

Il est beaucoup question, ces derniers temps, de dérives religieuses. Que les relations s’enveniment, que la violence éclate en diverses régions, l’opinion publique dénonce les racines religieuses, les «fondamentalismes». Si les traditions spirituelles sont une partie du problème, elles peuvent aussi proposer quelque remède. Dans une perspective bouddhiste, décrite ici par Dennis Gira, l’action immédiate, si elle n’est que réaction à chaud, aggravera le mal. Tant que les illusions sur soi et sur autrui ne sont pas dissipées, les conflits se développent comme un cancer. On ne fera pas l’économie d’un travail sur soi, d’un «entraînement à la discipline mentale». Et d’un apprentissage pour ne pas identifier ce qui est vérité «relative» et vérité «plénière».

Au gré d’une interview, partant de son propre itinéraire de lectures et d’études, mais surtout de découvertes et de rencontres, Colette Poggi évoque l’expérience de l’Unité. Nous portons en nous «une étincelle de Cela, sans laquelle nous ne serions pas». Arraché aux repères habituels, le mystique ou l’artiste ou le scientifique se trouve projeté, «par le souffle de l’émerveillement», dans un autre mode de conscience. La vie spirituelle ne serait-elle pas simplement «un degré plus élevé de l’acte de vivre»? Il nous appartient de faire revivre la saveur d’un moment de recueillement ou d’émerveillement.

Nous avons appris le décès, ce dimanche 19 février, du père Jacques Breton. Par ses séjours réguliers dans des monastères zen du Japon, par sa fondation du groupe «Assise» à Paris (www.centre-assise.org ), il fut l’un des pionniers qui aidèrent de nombreux chrétiens d’Europe à découvrir la méditation dans l’esprit du Zen. Que l’insertion discrète, dans ce numéro, de deux petits extraits de ses écrits soit un signe de notre gratitude.

                                                                                  Jacques Scheuer