Éditorial Avril 2018

Du bouddhisme lointain, l’Occident, durant de nombreux siècles, ne connut pas grand-chose d’autre qu’un récit colporté jusqu’au Proche-Orient puis vers l’Europe : le ‘Bodhisattva’ y (dis) paraissait sous les traits d’un prince chrétien, saint Josaphat… C’est seulement à la toute fin du 18e siècle que de surprenantes découvertes archéologiques, en Inde et dans les régions voisines, fournirent peu à peu une clé des origines du bouddhisme. Conté avec un brin d’humour britannique, le récit de ces explorations, où l’idéal scientifique du siècle des Lumières voisine avec l’esprit d’aventure, se lit comme une enquête policière.

Des historiens de la pensée soulignent que la philosophie n’était pas, dans la Grèce antique, un pur jeu spéculatif, mais une pratique qui engage toute la personne et comporte des ‘exercices spirituels’. Il en allait souvent de même, bien sûr, en Inde. C’est ce que Marc Ballanfat illustre par une lecture attentive du sage Épictète, en Occident, et de la Bhagavad-gîtâ. «On ne philosophe donc pas à la légère», mais dans une quête de détachement, de liberté, de sagesse vécue. De quoi confirmer la conviction de Pierre Hadot : «Je crois à la possibilité, pour l’homme moderne, de vivre non pas la sagesse… mais un exercice toujours fragile, toujours renouvelé de la sagesse».

Dans la tradition du Chan puis du Zen, les périodes de pratique intensive comportent des temps d’échange entre maître et disciple(s). Sans doute cela se déroule-t-il en Occident de manière moins formelle qu’en Extrême-Orient. Mais c’est l’occasion de creuser le sens de la démarche. Wayne Coger, qui anime des retraites zen aux États-Unis, aborde ici familièrement quelques-unes des questions qui lui sont fréquemment posées : la rencontre individuelle (dokusan), le temps quotidien de travail manuel (samu), la fécondité du silence…

Dans cette même tradition du Chan ou du Zen – qui se présente comme une transmission sans textes ni paroles – il y a cependant place pour des enseignements. À l’occasion d’un ‘2e samedi’ à Clerlande, Pierre de Béthune revient sur le Sûtra du Cœur de la Sagesse et plus précisément sur la vacuité. Non pas vide ou néant : la symbolique du ciel suggère plutôt un espace sans limite, une ouverture infinie. C’est une invitation, une incitation à dépasser, à traverser vers l’autre rive, celle de l’Éveil. Qu’est-ce que le Zen ? Une «méthode pour s’accorder à la vacuité».

Jacques Scheuer