Editorial Octobre 2016

Trois ans après le tremblement de terre qui ravagea le nord-est du Japon, un moine de l’école Zen Rinzai observe comment moines et laïcs redonnent vie à des démarches religieuses. C’est pour lui l’occasion de s’interroger sur le sens de la prière de demande. A vrai dire, au Japon et en perspective bouddhiste, « la prière n’a pas de complément d’objet »: il s’agit moins de prier pour demander ceci ou cela (au bénéfice de vivants ou de défunts) que d’apprendre à se débarrasser du ‘moi’, à se purifier de ses préoccupations et convoitises. Lorsque le moi a disparu, on devient capable de joindre simplement les mains dans une prière silencieuse.

Dans une note fort éclairante, Alexis Lavis brosse le portrait traditionnel de Zhuangzi, un des sages fondateurs du taoïsme, et précise que le «non-agir» n’est pas passivité paresseuse: bien plutôt, l’agir authentique consiste en une «dessaisie». De son côté, Colette Poggi, dans un texte tout en nuances et allusions, repère les analogies et résonances entre les cheminements de diverses traditions mystiques. Elle évoque les étapes d’une métamorphose, «élan de transformation inlassable» mais aussi passage au-delà des formes.

Les débats autour des relations Etat / religion(s), de la «laïcité» et de sa traduction en législations, font à nouveau rage en Europe, notamment à l’occasion de la présence croissante de l’Islam. Un détour par l’Inde permet de jeter une autre lumière sur des questions à la fois semblables et différentes, notamment à partir des tensions provoquées par des conversions d’une communauté religieuse à une autre. En sociologue indien, Rudolf Heredia démêle la complexité des controverses dans son pays, avant de présenter les recommandations d’un groupe de travail interreligieux sur cette question de la «conversion».

Toute rencontre interreligieuse, rappelle Michael Amaladoss, comporte des dimensions interculturelles. Dans cet entrelacement apparaissent inévitablement des enjeux d’inculturation ou de syncrétisme, de dialogue créatif ou de mélange et perte d’identité. Rappelant la distinction proposée par le srilankais Aloysius Pieris entre religions cosmiques et métacosmiques, Michael illustre son propos par une comparaison entre la manière dont quatre chrétiens, européens ou indiens, ont vécu et pensé la rencontre entre hindouisme et foi chrétienne: Bede Griffiths et Henri Le Saux, Vandana Mataji et Sebastian Painadath.

Jacques Scheuer