Éditorial juillet 2017

Enraciné dans sa Suisse natale mais soucieux de déployer des initiatives d’entraide à l’échelle du monde, attentif aux exigences de justice en même temps qu’aux équilibres écologiques, Michel Maxime Egger tire quelques leçons de son expérience de «méditant-militant». Si certains proposent d’«accompagner le pessimisme de la raison par l’optimisme de la volonté», il préfère «allier la lucidité à l’espérance». Plus forte et profonde qu’un optimisme de principe, l’espérance se ressource dans la méditation ; en retour, le cheminement spirituel est alimenté par l’action citoyenne. L’existence du méditant-militant est un apprentissage à reprendre chaque jour : «aujourd’hui, je commence».

Cambodgienne et Française, bouddhiste ayant rencontré le Christ, Claire Ly revient sur son itinéraire. Mais c’est pour s’adresser à celles et ceux que leur parcours de vie expose à deux tentations : la crispation sur le passé ou, au contraire, l’illusion de faire comme si ce passé n’existait plus. Double tentation sécuritaire et paralysante, alors qu’il importe d’«accueillir du Nouveau dans la Fidélité à l’héritage». La méditation bouddhique sur le changement incessant lui a permis de «pressentir une réponse possible à la question de Nicodème : comment un homme peut-il naître une fois qu’il est vieux? » Pas de renouvellement sans mémoire vivante du passé.

L’impressionnant essor de la «Pleine conscience» (Mindfulness) invite à réfléchir aux enjeux de la réception du bouddhisme en Occident. On ne peut bien sûr que se réjouir des bienfaits de cette application thérapeutique de la méditation. Son réemploi dans le management en entreprise signale le risque d’une dérive vers des recettes purement utilitaires. Philippe Cornu rappelle donc la spécificité de la méditation proprement bouddhique et sa perspective de libération. Même en contexte thérapeutique ou psychologique, il importe de ne pas perdre de vue la qualité éthique de la démarche, notamment en cultivant bienveillance et compassion.

Prêtre catholique vivant à Bénarès, Yann Vagneux a coutume, l’été venu, de se rendre dans les régions himalayennes : sources du Gange, Cachemire, Ladakh… Pèlerin parmi d’autres, il se laisse happer par l’attrait des hauteurs. À ses Journaux de voyage il confie impressions, réflexions et prière : beauté sauvage des paysages, ferveur des pèlerins, rumeur des torrents et silence de l’adoration. La violence de la nature et celles des hommes ne sont jamais loin. Mais, en ces régions parcourues depuis des siècles par des hindous, des bouddhistes, des musulmans, des sikhs… éclôt soudain quelque chose d’une communion profonde et souvent silencieuse.

Jacques Scheuer